A Vif - Parenthèse n°5

Kery James


A vrai dire, je ne connaissais pas bien le travail de Kery James avant de lire la pièce de théâtre qu'il a écrite et que je m'apprête à chroniquer. Je savais surtout qu'il était rappeur et que ses textes ne laissaient pas indifférents ceux qui les entendaient. 

L'an dernier, son passage à la scène au théâtre du Rond-Point a été très remarqué, non seulement pour la qualité du jeu mais aussi pour les propos de l'oeuvre. Malheureusement, je n'eus pas la chance d'y assister. Face à un consensus quasi général, j'ai eu envie de parcourir cette pièce pour découvrir si le succès était mérité... 

Alors ? 


A Vif - Kery James

Quatrième de couverture : 


L'Etat doit-il être jugé coupable de la situation actuelle des banlieues ?

Deux avocats, Soulaymaan Traoré et Yann Jareaudière, défendent des causes ennemies dans le cadre d'un concours d'éloquence. Pour le premier, la position à tenir est négative. Il atteste que les citoyens sont responsables de leur condition. Pour le second, qui doit répondre par l'affirmative, l'Etat est coupable. 

Ils ont de la répartie, ils crient, ils rient aussi. Un dialogue éclatant et passionné : l'exercice convoque deux France pour enfin les faire s'entendre. 

Mon avis : 


¨Crochet du gauche, uppercut, et K.O


Voilà mon état de santé mental à la fin de cette lecture. Kery James offre une poignante réflexion sur la situation des banlieues. Le sujet est pourtant un terrain glissant, la porte d'entrée choisie par le rappeur-auteur aurait pu être casse-gueule.

En effet, même si le théâtre est le lieu du duel, un concours d'éloquence comme motif de pièce aurait pu rendre cet échange stérile. Au début, j'ai eu peur, je dois l'avouer. Je m'attendais à un ping-pong d'idées, avec des oppositions d'arguments. Or, Kery James a été brillant dans cet exercice, se sert de ce cadre pour le déborder, le tordre, offrir plus qu'un concours de parlotte. 


Les points de vue fusent, s'affrontent, se confondent, rendant encore plus perplexe et instable notre propre position. En tant qu'amoureux de théâtre, je dois dire que Kery James en a maîtrisé les rouages à la perfection, même si le mélange de matériaux (incursion du rap par endroits) peut dérouter. 

On ressort de ce combat affaibli... Nos préjugés se trouvent mis en branle, et il nous est impossible de répondre facilement à cette question sociétale : qui est responsable de la situation des banlieues ? 

Foncez sur La Librairie.com vous le procurer, ou aller voir le spectacle s'il passe dans votre région !



A dimanche, pour une nouvelle chronique littéraire en Corée du Sud.
A Vif - Parenthèse n°5 A Vif - Parenthèse n°5 Reviewed by Un pays & un livre on vendredi, janvier 19, 2018 Rating: 5

Aucun commentaire