[Archive] Le Sermon sur la chute de Rome - Parenthèse n°15

Jérôme Ferrari


Il y a six ans, j'avais démarré une première aventure de blog où je ne faisais pas exclusivement des critiques de livres. J'y parlais cinéma, théâtre, expos, musique... Comme ma "rentrée littéraire" autour du monde est programmée à la semaine prochaine, j'ai voulu ressortir du placard deux chroniques que j'apprécie tout particulièrement.

Aujourd'hui, il s'agit du Sermon sur la chute de Rome écrit par Jérôme Ferrari et publié aux éditions Actes Sud.

A vous d'en juger !


Jérôme Ferrari


Il ne faut pas se cacher, il ne faut pas se contenter de petits mots, il ne faut pas faire languir mes lecteurs, Jérôme Ferrari mérite grandement le prix Goncourt 2012. Le jury ne s'est pas trompé sur cet auteur, son roman est déconcertant : la lecture est délicieuse, bien que le contenu soit très sombre.

Dans un village corse, perché loin de la côte, le bar local est en train de connaître une mutation profonde sous l'impulsion de ses nouveaux gérants. Deux enfants du pays, tournant le dos à leurs études de philosophie, veulent transformer ce modeste débit de boisson en "meilleur des mondes possibles". C'est l'Enfer qui s'invite bientôt au comptoir.

Partons du titre. Il s'agit du sermon fait par Augustin (ou Saint Augustin pour les intimes), lorsque Rome s'effondre en 410. Loin d'être un roman religieux, le récit de Jérôme Ferrari évoque surtout la chute des mondes que chaque homme peut construire. Il fait un étonnant parallèle entre la chute de Rome et le déclin de l'Occident, à travers les liens qui se tissent et se délient au sein d'une famille Corse. Le monde d'une famille qui survit par la contemplation d'une photo de 1918, ce bar (pierre angulaire d'un village qui dépérissait), ou la quête incessante pour tous les personnages d'une terre originelle. Suis-je à ma place ? 

Des mondes, Jérôme en crée plusieurs, et chacun est spécifique à son auteur. Ces mondes s'entrecroisent sans jamais se toucher. Ils sont refermés sur eux-mêmes, leurs auteurs se pensant comme de véritables démiurges. Néanmoins les maximes de Saint Augustin rattrapent ces mondes qui s'érigent en empire : 

"Ce que l'homme fait, l'homme le détruit" "Car Dieu n'a fait pour toi qu'un monde périssable"


Un démiurge, comme le dit le narrateur de ce roman, n'est pas Dieu. Ainsi, la perfection de son univers n'est pas éternel. Et le "meilleur des mondes possibles" ne peut être qu'en dehors du Monde.


Que dire du style de Jérôme Ferrari ? Son roman se nourrit du phrasé de Proust, avec un rythme allongé. Cependant, la poétique proustienne s'est changée en un style cassant, voire méprisant. Le narrateur n'hésite pas à accentuer le mépris qu'il ressent à l'égard de certaines situations, ou personnes. 

Exquis ! 

Face à cette tonalité sarcastique, et une vision sombre, tragique de la vie, le lecteur se sent perturbé, déconcerté. Le roman exige de penser son propre monde, afin de savoir s'il est promis, lui aussi, à une chute prochaine. Amis lecteurs, amies lectrices, à vos angoisses ! 
[Archive] Le Sermon sur la chute de Rome - Parenthèse n°15 [Archive] Le Sermon sur la chute de Rome - Parenthèse n°15 Reviewed by Un pays & un livre on samedi, août 25, 2018 Rating: 5

2 commentaires

  1. C'est utile de ressortir les archives, notamment pour les nouveaux lecteurs.

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    1. Pas de quoi ! :)

      Je n'avais pas écrit beaucoup de chroniques littéraires à l'époque. Mais comme elles étaient sympas et que j'ai plus de visibilité avec ce nouveau blog, je trouvais dommage de les laisser de côté...

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