Niviaq Korneliussen - Etape n°75

Groenland


Homo Sapienne, 2018, aux éditions La Peuplade.

Traduit par Inès Jorgensen.

Roman disponible sur La Librairie.com pour 21 euros. Existe en format numérique.



Niviaq Korneliussen


Quatrième de couverture :


Homo sapienne suit la vie de cinq jeunes dans la ville de Nuuk, capitale du Groenland. Ils vivent des changements profonds et racontent ce qui, jusqu'à maintenant, a été laissé sous silence : Fia découvre qu'elle aime les femmes, Ivik comprend qu'elle est un homme, Arnaq et Inuk pardonnent et Sara choisit de vivre. Sur « l'île de la colère », où les tabous lentement éclatent, chacune et chacun se déleste du poids de ses peurs.


Niviaq Korneliussen manie une langue crue, sensible et indomptée. Elle parle du désir universel d'être soi, socialement, intimement, confiante que les coeurs et les corps sauront être vrais.


Mon avis :


Un uppercut pour le Groenland ! 

Voilà ce que représente ce roman à mes yeux et, sans doute, ne suis-je pas le seul à le penser tant l'écriture de Niviaq Korneliussen est féroce à l'égard d'un "jeune" pays - pas tout à fait indépendant vis à vis du Danemark mais qui gagne en autonomie depuis 2008.


"On est groenlandais quand on est alcoolique.
On est groenlandais quand on bat son conjoint."


Par le biais de cinq portraits de groenlandais et groenlandaises, l'auteure dépeint un territoire en bouleversement, notamment identitaire. A l'instar de ces personnages dont leur sexualité est en plein questionnement.


Ils vivent tous une véritable tempête intérieure qui, inévitablement, va changer leur vie, leur mode d'être au monde. Certains vont découvrir leur homosexualité, d'autres dévoileront une part d'eux niée, laissée dans l'ombre. Même si le roman n'est pas tendre avec le Groenland, il l'est d'une certaine façon avec ces personnages que l'on suit successivement.


Leurs histoires se recoupent, mais chaque chapitre se focalise sur un point de vue seulement. Ils sont tous saisis au moment de cette profonde tristesse qui les ronge, les noie


On sera touché justement par cette révélation individuelle, lumineuse car libératrice pour chacun d'entre eux. Une légère frustration tout de même car Niviaq Korneliussen ne s'attarde pas sur les conséquences d'une telle vérité trouvée. Elle se concentre sur ce moment, délicat et tortueux, de l'aveu.


En revanche, l'écriture est très contemporaine (on a, par exemple, des discours qui s'entremêlent sans distinguer qui parle) et pourrait effrayer certains d'entre vous. Elle est toutefois très bien travaillée car chaque personnage a sa propre voix, son rythme, ce qui fait de Niviaq Korneliussen une grande auteure. En atteste aussi la construction du roman qui, comme je l'ai dit plus haut, tisse des liens entre les événements, offre un nouveau regard sur ces derniers, tout en conservant une fluidité de lecture étonnante.


Ne passez pas à côté de ce texte coup de poing, intense et sensible à la fois !



La semaine prochaine, on prend l'avion pour la Guadeloupe.

Niviaq Korneliussen - Etape n°75 Niviaq Korneliussen - Etape n°75 Reviewed by Un pays & un livre on dimanche, novembre 11, 2018 Rating: 5

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